Voici une grande page où j'écris à mon sujet, sans avoir besoin qu'elle soit utile.
À dix-huit ans, impulsif, j'ai passé neuf années dans un ermitage bouddhiste tibétain en France, parce que cela faisait sens, dont une retraite traditionnelle de trois ans. Ces années ont façonné ma manière de tout voir : l'attention, la peur, l'émotion, l'écart entre un éclair de conscience et le changement. J'en suis sorti convaincu que la transformation est lente, faite de répétition quotidienne, que la patience est une discipline, et que l'esprit s'entraîne comme le corps.
C'est la fondation de tout ce que je fais maintenant, en montagne comme ailleurs.
J'ai commencé à grimper en 1995 dans le nord de la Slovaquie — sur des voies sportives de rocher. Puis j'ai arrêté en entrant à l'ermitage, et je n'ai pas touché un rocher pendant neuf ans.
J'ai passé deux ans à l'ermitage à travailler dans le champ de la santé mentale. J'ai continué deux ans de plus, une fois installé au Royaume-Uni. Puis j'ai redécouvert la passion de la grimpe et, sans trop perdre de temps, je suis devenu instructeur d'escalade. Lors d'un séjour à Chamonix, j'ai décidé de devenir guide UIAGM/IFMGA. Pas pour le métier, mais pour l'éventail de compétences que la formation transmet. J'ai pris un prêt et déménagé à Chamonix dès que possible pour entamer le processus. Depuis 2014, j'ai mené des expéditions dans les Alpes, l'Himalaya, les Alpes du Sud (Nouvelle-Zélande), les Andes et les régions arctiques.
Ce que je faisais vraiment, dans tout cela — sur le coussin comme en montagne — c'était apprendre comment moi et les autres fonctionnons sous pression, et ce qu'il faut pour garder l'esprit clair quand tout est incertain.
J'ai eu la chance de vivre quelques grands événements. En montagne, ou entre les gens. Comme le Running Man. Cela m'a confirmé que c'est le travail lent et quotidien qui installe une manière d'être. Les grands événements ne sont que cela.
De grands événements.
Un accident grave en 2022, deux semaines après la naissance de mon enfant, a fermé le chapitre du guidage. Et en a ouvert un autre. Je travaille désormais dans deux directions qui, pour moi, n'en font qu'une.
La première : organiser des sorties en montagne. Sommets connus, encadrement technique, vallées reculées et discrètes, voyages qui combinent terrain sauvage et profondeur. Je gère la logistique, la gestion du risque, et le soin qui permet aux gens d'en profiter pleinement.
La seconde : travailler le paysage intérieur — comment l'attention fonctionne, comment l'émotion se déplace, comment la clarté devient une compétence concrète plutôt qu'un heureux hasard. Que ce soit en montagne ou dans une salle, la question est la même : que faut-il pour rester stable quand tout est incertain ?
J'aimerais pouvoir dire que j'ai de la discipline et une direction claire dans ma vie grâce à mon assise et à l'observation. La vérité est que je suis très distrait, et victime d'une addiction à la dopamine. J'essaie toutefois de me donner des rappels quotidiens et des méthodes pour, lentement, assouplir l'esprit, tenir l'attention plus longtemps, et pouvoir rencontrer la peur sans en être paralysé. J'aime accompagner les autres dans la construction des conditions internes qui rendent le changement durable — pas seulement la prise de conscience, mais la capacité de l'intégrer.
Mon principe de travail : toute transformation qui compte commence à l'intérieur.
J'ai grandi en Tchécoslovaquie et j'ai vu tomber le Rideau de fer — assez grand pour en mesurer la portée, assez jeune pour ne pas avoir trop souffert des années communistes.
Chamonix est ma maison depuis 2011. Cet endroit est un paradis pour qui veut y vivre. Et pourtant, il y a beaucoup de frustration, de tristesse, de solitude. C'est un exemple très concret du fait qu'un bonheur fondé sur les stimuli est très bref.